FIFA : pourquoi Gianni Infantino reste le favori à sa réélection en 2027 ?

Gianni Infantino a-t-il désamorcé la crise ou seulement consolidé les conditions de sa réélection ? Le 15 octobre, les 37 membres du Conseil de la FIFA se sont réunis à Zurich pour la première fois depuis l’abandon de FIFA Forward Enterprise (FFE), le projet d’ouverture des activités commerciales de l’instance à des investisseurs privés.

Le président de la FIFA a présenté ses excuses pour la manière dont le projet avait été conduit et communiqué, réaffirmé son abandon définitif et obtenu l’approbation de principe d’un programme de développement porté à 6,35 milliards de dollars pour la période 2027-2030.

Mais ce Conseil n’a pas mis fin à la crise de gouvernance ouverte par le projet FFE. Les concessions d’Infantino n’ont pas dissipé la défiance d’une partie de ses opposants ni éteint la remise en cause de sa présidence. À cinq mois de l’élection de mars 2027, toute la question est désormais de savoir si cette contestation peut enfin se transformer en une véritable alternative électorale ou non.

Une crise de gouvernance qui dépasse l’abandon du projet de privatisation de la Coupe du monde

Retour au 28 juillet 2026. La FIFA confirme alors travailler à la création de FIFA Forward Enterprise (FFE), une nouvelle société destinée à regrouper les activités commerciales et opérationnelles de ses principales compétitions. Une participation minoritaire certes, la FIFA serait restée majoritaire, mais ces investisseurs auraient acquis un intérêt direct dans les revenus de la Coupe du monde.

En l’absence d’informations sur leurs droits et sur la gouvernance de la future société, elle faisait cependant craindre que leurs impératifs de rentabilité puissent peser sur le format ou l’organisation de la compétition.

La contestation fut forte, notamment du fait du manque de transparence. L’UEFA, la Concacaf et la Confédération asiatique ont dénoncé une initiative élaborée sans consultation suffisante des confédérations et du Conseil de la FIFA.

Cette opposition s’est également manifestée au sein même de l’instance. Le 31 juillet, Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, a démissionné en qualifiant FFE de « mauvais accord pour le football ». Le directeur des opérations Kévin Lamour a, de son côté, présenté le projet comme celui d’un seul homme.

Face à cette fronde, Gianni Infantino a retiré FFE dans la nuit du 31 juillet au 1er août. Mais l’abandon du projet n’a pas réglé la crise qu’il avait provoquée. C’est-à-dire une remise en cause de la méthode Infantino, de la concentration du pouvoir autour de sa présidence jusqu’à la transparence entourant l’utilisation des réserves de l’instance.

C’est sur ce terrain que le Conseil de la FIFA du 15 octobre était attendu.

La redistribution des réserves financières de la FIFA comme réponse

Le Conseil a apporté une première réponse financière à cettte crise. Grâce aux recettes exceptionnelles du cycle 2023-2026, la FIFA souhaite porter à 6,35 milliards de dollars son financement du développement pour la période 2027-2030.

Chaque association membre pourrait recevoir jusqu’à 25 millions de dollars sur quatre ans, contre 10 millions initialement prévus, tandis qu’une partie des réserves serait redistribuée aux confédérations, aux unions régionales et à d’autres acteurs du football.

Cette capacité financière repose sur une croissance considérable des revenus de l’instance : la FIFA prévoit de dépasser 15 milliards de dollars de recettes sur l’ensemble du cycle 2023-2026n contre 6,4 milliards lors du cycle 2015-2018.

Cette décision répond directement à l’une des demandes formulées après l’abandon de FFE. Aleksander Čeferin, président de l’UEFA, et Victor Montagliani, président de la CONCACAF, avaient proposé que la FIFA puise dans ses réserves pour augmenter les sommes versées aux fédérations, plutôt que de rechercher des capitaux privés.

Cette réponse financière ne règle cependant pas la crise de transparence. Élu en 2016 dans le sillage du FIFA Gate et de la chute de son prédécesseur Sepp Blatter, Infantino avait promis de réformer une institution affaiblie par les scandales.

Dix ans plus tard, la FIFA génère et redistribue davantage d’argent, mais son fonctionnement apparaît de nouveau concentré autour de son président dans un système opaque, qui n’a même pas pris le temps de consulter ses 211 fédérations nationales membres sur le projet FIFA Forward Enterprise.

Pourtant, malgré la contestation, les opposants à ce système tardent à proposer une alternative crédible.

Une fronde anti-Infantino toujours sans candidat capable de fédérer

La contestation reste pourtant forte. Les associations membres de l’UEFA, à l’exception de l’Azerbaïdjan, ont affirmé avoir perdu confiance dans la direction actuelle de la FIFA et adopté un programme de réforme portant sur la séparation des pouvoirs, le rôle du Conseil et l’indépendance des organes de contrôle. Mais elles ne sont pas parvenues à faire émerger une candidature susceptible de dépasser le seul cadre européen.

Victor Montagliani a préféré briguer un nouveau mandat à la tête de la Concacaf, Nasser Al-Khelaïfi a écarté cette hypothèse et Aleksander Čeferin entend rester à la présidence de l’UEFA. Les dirigeants qui disposent du poids politique et des réseaux nécessaires semblent donc préférer conserver leur position plutôt que de se lancer dans une élection dont l’issue demeure très incertaine.

Pour battre Infantino, il ne suffit pas de rallier les grandes nations européennes. Le président de la FIFA est élu par les 211 associations membres, parmi lesquelles figurent des territoires non indépendants disposant de leur propre fédération, comme les Îles Féroé ou Gibraltar.

Chacune possède une voix : le vote des Fidji ou du Timor oriental pèse autant que celui de la France ou de l’Allemagne. Ce principe garantit l’égalité politique entre les fédérations, mais il avantage aussi un président sortant capable d’entretenir des relations avec chacune d’elles et d’augmenter les financements dont les plus petites dépendent parfois pour fonctionner.

Cette dépendance ne permet pas, à elle seule, de parler d’achat de voix ou de « pots de vin ». Elle crée néanmoins un rapport de pouvoir asymétrique dans une institution dont l’histoire, notamment le scandale de corruption FIFA Gate, a déjà montré les risques liés à l’opacité des décisions et des flux financiers.

Infantino peut ainsi s’appuyer sur les alliances construites depuis son élection en 2016. Avant la crise de FFE, près de 200 fédérations avaient soutenu sa candidature, tandis que Patrice Motsepe, le président de la CAF a annoncé le 8 octobre l’appui « unanime et inconditionnel » des 54 associations africaines.

À un mois de la clôture des candidatures, fixée au 18 novembre, Infantino apparaît donc fragilisé dans sa gouvernance, mais toujours protégé par ses alliances, le fonctionnement électoral de la FIFA et l’absence d’une coalition capable de lui disputer la majorité.

Quels scénarios pour l’élection à la présidence de la FIFA en mars 2027 ?

1. Infantino est réélu (par acclamation ?), faute d’adversaire

C’est aujourd’hui le scénario le plus probable. Gianni Infantino conserve le soutien public de la CAF, de la Confédération sud-américaine et de plusieurs fédérations asiatiques. Le programme de développement annoncé lors du Conseil renforce également sa position auprès des associations pour lesquelles les financements de la FIFA jouent un rôle essentiel.

À moins d’un mois de la clôture des candidatures, aucun adversaire ne dispose d’une coalition comparable.

Le président sortant aura ensuite cinq mois, jusqu’au Congrès du 18 mars 2027, pour tenter de reconquérir certaines fédérations ayant retiré leur soutien. Les ruptures semblent toutefois plus profondes avec plusieurs grandes associations européennes.

La France a officiellement abandonné sa candidature, tous comme les dirigeants anglais et allemand. Philippe Diallo, président de la FFF, a résumé le dilemme de cette opposition ce jeudi 15 octobre : en l’absence de candidat, la contestation resterait selon lui « un coup d’épée dans l’eau », sans faire disparaître pour autant les demandes de réforme de la gouvernance et de la redistribution des revenus.

2. Un candidat de contestation permet un vote mais sans opposition crédible

Le deuxième scénario serait la validation d’une candidature incapable de menacer réellement Infantino, mais suffisante pour provoquer un vote.

Ramon Vega correspond actuellement à ce profil. L’ancien international suisse affirme disposer des cinq parrainages indispensables pour se présenter. Vega avait déjà tenté d’entrer dans la course en 2019, mais n’avait pas réussi à obtenir les cinq soutiens nécessaires.

Même sans perspective immédiate de victoire, une telle candidature aurait une utilité politique. Elle empêcherait une nouvelle réélection d’Infantino par acclamation, comme en 2019 et en 2023, et obligerait le président sortant à défendre son bilan devant les fédérations.

Le principal risque pour les opposants serait alors de présenter comme une alternative ce qui ne constituerait, dans les faits, qu’une candidature de témoignage. Une victoire très large d’Infantino pourrait même lui permettre de refermer politiquement la crise.

3. Wenger ou une autre personnalité fédère une coalition compétitive

La seule hypothèse susceptible de rendre l’élection véritablement incertaine serait l’apparition d’un candidat capable de dépasser les divisions entre confédérations. Les dirigeants disposant des réseaux les plus évidents (Aleksander Čeferin – UEFA, Victor Montagliani – CONCACAF ou Nasser Al-Khelaïfi – ECA) ont écarté une candidature. L’opposition pourrait donc se tourner vers une personnalité issue du football, qui connait ses arcanes politiques, dotée d’une notoriété internationale.

C’est dans ce contexte que le nom d’Arsène Wenger a émergé. L’ancien entraîneur d’Arsenal bénéficie d’une image mondiale, d’une légitimité sportive et d’une connaissance directe de l’institution, dont il dirige le développement du football depuis 2019. Plusieurs autres noms sont néanmoins évoqués, et rien ne permet encore d’affirmer que Wenger souhaite se présenter.

Son appartenance actuelle à la FIFA constitue cependant une faiblesse autant qu’un avantage. Wenger a travaillé aux côtés d’Infantino et défendu certaines transformations controversées, notamment le projet d’une Coupe du monde organisée tous les deux ans. Pour incarner une rupture, il devrait donc expliquer ce qu’il souhaite changer dans la gouvernance de l’institution, obtenir rapidement des soutiens et provoquer des défections en Afrique comme en Asie.

Le profil du candidat opposé à Infantino peut donc être un marqueur important de la campagne mais il faudra surtout regarder la coalition qu’il est capable de réunir, car une personnalité soutenue essentiellement par les fédérations européennes ne suffira pas à empêcher Gianni Infantino de briguer un quatrième mandat.

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À cinq mois du scrutin, jamais Gianni Infantino n’avait semblé aussi contesté qu’au cœur de la crise de l’été, mais sa réélection pourrait finalement le conforter dans l’idée que la défiance de plusieurs grandes fédérations ne suffit pas à menacer son pouvoir hégémonique.

Article rédigé par Kévin Veyssière

Sources

  1. FIFA, communiqué du Conseil du 15 octobre 2026.
  2. Reuters, excuses d’Infantino et réactions anglaise et allemande, 15 octobre 2026.
  3. The Guardian, récit de la réunion du Conseil, 15 octobre 2026.
  4. Associated Press, Conseil de Zurich et programme financier, 15 octobre 2026.
  5. The Guardian, plus de 200 associations avaient soutenu Infantino avant la crise de FFE, 17 juillet 2026.
  6. Reuters, soutien des 54 associations africaines à Infantino, 8 octobre 2026.
  7. The Times, recherche d’un candidat commun et piste Wenger, 13 octobre 2026.
  8. Le Parisien, Arsène Wenger envisagé comme adversaire d’Infantino, 15 octobre 2026.
  9. Reuters, prise de distance d’Arsène Wenger sur FFE, 4 août 2026.
  10. UEFA, programme de réforme et appel à une nouvelle direction de la FIFA, 8 octobre 2026.
  11. El País, entretien avec Ramon Vega, 7 octobre 2026.
  12. Le Monde, stratégie financière d’Infantino avant le Conseil, 15 octobre 2026.

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